Le Pays d’octobre

10-11-2021
Le Pays d’octobre

Un mois pour les replis boursiers effrayants… et pour les occasions de placement

 

Pour ceux et celles qui ne me connaissent pas bien, je dois avouer que je suis cinéphile et j’aime presque autant les mauvais films que les bons parce qu’ils ont un élément comique. Une chose que j’ai apprise il y a longtemps, c’est que pour mettre la main sur un mauvais film, il suffit habituellement de voir s’il y a une suite. (Comme dirait ma fille de 15 ans, « C’est prouvé. »)

Bien qu’il y ait toujours des exceptions, les studios de cinéma ont tendance à tourner les coins ronds quand il s’agit d’une suite car ils savent qu’une partie du public est déjà acquise, mais cela mène parfois à des dialogues et à une production bâclés et à beaucoup de rires involontaires. Ce ne sont pas les exemples qui manquent. On n’a qu’à penser à « Le fils du Masque », « Le nouveau Karaté Kid », « Les dents de la mer 3 » et « Les dents de la mer 4 », ainsi qu’à « Vendredi 13 – Chapitre VIII : Jason à Manhattan ». En tant que mère d’un jeune de 19 ans qui veut absolument devenir scénariste, je suis rassurée de savoir qu’à tout le moins, il pourra probablement toujours trouver du travail pour écrire des scénarios de suites de films.

La raison pour laquelle j’évoque les suites de films est que le mois de septembre a été horrible pour les actions : l’indice S&P 500 a obtenu son pire rendement depuis mars 2020. Ce ne sont pas seulement les actions américaines qui ont traversé une mauvaise passe, les actions mondiales aussi. Cela soulève la question : à quoi doit-on s’attendre? Le mois d’octobre sera-t-il une suite moche de septembre? Ou assisterons-nous au début d’un nouveau chapitre boursier?

Voici quatre raisons pour lesquelles je suis optimiste à l’égard des marchés boursiers

Certains stratèges évoquent des modèles techniques qui laissent présager qu’octobre pourrait être pire que septembre pour les actions. Nous savons tous que de terribles replis boursiers se sont déjà produits en octobre; il est donc normal qu’on craigne que ce mois d’octobre soit conforme à ce scénario. Cependant, que ce mois soit ou non difficile pour les actions, je suis convaincue qu’il est important de ne pas délaisser les marchés boursiers et, si vous avez de l’argent en réserve, de surveiller les occasions de placement en cas de replis.

Nous avons, à mon avis, de très bonnes raisons de demeurer optimistes à l’égard des marchés boursiers. En voici quelques-unes :

La lutte contre la COVID-19 progresse. Le nombre de cas de COVID-19 a chuté de plus de 30 % depuis la fin août, tandis que le nombre de nouveaux cas quotidiens aux États-Unis a dégringolé de 35 % depuis le 1er septembre.1 De plus, Merck vient d’annoncer que des études montrent que le Molnupiravir, son traitement expérimental contre la COVID-19, a réduit les hospitalisations et les décès d’environ 50 %.2 Ce sont de très bonnes nouvelles, surtout à la lumière des difficultés rencontrées par de nombreux pays pour vacciner pleinement leur population. Ce qui rend le développement de ce traitement important, c’est que d’autres traitements contre la COVID-19 s’administrent par voie intraveineuse ou par injection; il est donc beaucoup plus difficile de les distribuer rapidement et à grande échelle (il faut se rendre dans un hôpital ou une clinique médicale). Cette pilule est comparée au Tamiflu, qui a été très efficace pour réduire l’impact de la grippe.

Valorisations attrayantes Bien qu’on ne parle pas encore d’aubaines, les valorisations sont plus attrayantes qu’elles ne l’étaient il y a à peine quelques semaines en raison du repli boursier. On a l’impression que les marchés escomptent la majeure partie des mauvaises nouvelles, mais sans doute pas toutes les bonnes nouvelles.

Forte activité sur les marchés des capitaux. Les fusions et acquisitions à l’échelle mondiale sont en forte hausse. En fait, les fusions et acquisitions mondiales pour les neuf premiers mois de 2021 totalisent plus de 4 300 milliards de dollars, ce qui est déjà plus que la meilleure année de fusions et acquisitions jamais enregistrée.3 Les premiers appels publics à l’épargne aux États-Unis sont également en nette augmentation, ce qui suppose une forte confiance des entreprises et une faible aversion pour le risque.

Politique monétaire très accommodante. La Réserve fédérale américaine (Fed) maintient une politique monétaire très accommodante, mais résiste à la tentation d’annoncer le début du retrait graduel des achats d’actifs en septembre. Même lorsqu’elle va amorcer le retrait graduel des achats d’actifs, qui va probablement débuter plus tard cet automne, la politique monétaire devrait demeurer extrêmement accommodante, puisque la Fed dispose d’énormément d’actifs. En fait, de nombreuses banques centrales des pays industrialisés ont des bilans gigantesques et cela ne changera pas de sitôt. Cela devrait engendrer une conjoncture favorable aux actifs à risque. En outre, et c’est important, le président du conseil de la Fed, Jay Powell, a dissocié les hausses de taux du retrait graduel des achats d’actifs, ce qui met la barre plus haut pour les hausses de taux.

Encore une fois, cela ne veut pas dire que nous n’assisterons pas à des replis en octobre, mais je persiste à croire que les marchés boursiers vont terminer l’année en hausse par rapport aux seuils actuels.

Cinq enjeux à surveiller ce mois-ci

Voici quelques-uns des nombreux événements à surveiller en octobre :

1. Rapport sur le marché de l’emploi aux États-Unis. Les premières demandes de prestations d’assurance-chômage se sont multipliées ces dernières semaines, ce qui soulève des craintes à l’égard du marché du travail. J’ai hâte de voir ce que le rapport de septembre sur l’emploi va révéler lorsqu’il sera rendu public le 8 octobre prochain. J’ai longtemps dit que ce rapport pourrait être le premier à refléter un certain retour à la normale pour les travailleurs américains, étant donné que les prestations d’assurance-chômage bonifiées dans les États qui en versaient encore ont pris fin au début de septembre et que les enfants sont retournés à l’école, ce qui allège les pressions exercées sur la garde des enfants pour les parents qui veulent retourner sur le marché du travail.

Un rapport sur l’emploi très décevant pourrait secouer les marchés, mais je crois que ce ne serait qu’un recul temporaire pour l’emploi, compte tenu des progrès dans la lutte contre la COVID-19. Je me concentre sur la croissance des salaires, car elle a tendance à créer une inflation plus persistante. Or, même si nous assistons à une forte croissance des salaires, il faudra voir de plus près quels secteurs sont les plus touchés; comme je l’ai déjà dit, je ne serais pas aussi préoccupée si l’inflation par les salaires provenait du secteur tertiaire, car je crois que les entreprises de ce secteur disposent d’une plus grande marge de manœuvre pour rajuster les salaires à la baisse, étant donné qu’il y a tellement de roulement de personnel.

2. China Evergrande retient encore l’attention. Le promoteur immobilier chinois était confronté ce lundi à une autre échéance de la dette, puisqu’un versement d’obligations de 260 millions de dollars arrivait à échéance le 3 octobre.4 Aujourd’hui, l’entreprise a demandé l’arrêt de la négociation de ses actions à la bourse de Hong Kong, car il semble qu’un accord visant à vendre une participation majoritaire dans ses activités de gestion immobilière soit sur le point d’être conclu. Cela laisse présager que l’entreprise tente de se restructurer et de s’acquitter de ses obligations, tandis que les organismes de réglementation chinois s’efforcent de contenir le cas d’Evergrande pour éviter toute contagion; ce sont là deux bonnes nouvelles. Je m’attends à d’autres développements dans ce dossier dans les semaines à venir. La saga d’Evergrande est loin d’être terminée.

3. La tragédie du plafond de la dette. Si le Congrès ne parvient pas à relever le plafond de la dette publique, cela pourrait certainement nuire aux marchés boursiers et obligataires, surtout si la dette américaine est dégradée par une ou plusieurs agences d’évaluation du crédit. Les agences d’évaluation du crédit ont d’ailleurs émis des avertissements à cet effet. L’agence Fitch a dit que si le plafond de la dette n’était pas relevé ou suspendu « rapidement, la  politique du bord de l’abîme et la marge de financement réduite pourraient augmenter le risque de défaut souverain des États-Unis ».5 Je soupçonne qu’il y aura d’autres gros titres à sensation à ce sujet, mais je m’attends en bout de ligne à ce que le plafond de la dette soit relevé; nous assisterons peut-être à une situation où les démocrates vont devoir, à eux seuls, relever le plafond de la dette par la voie de la réconciliation, mais je crois que cela se fera, et qu’un défaut et une décote seront évités. Espérons que cela se produira aussi « rapidement » que le souhaitent les agences d’évaluation du crédit.

4. Tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine. Au début de la semaine dernière, j’ai eu vent de rumeurs selon lesquelles les États-Unis ont l’intention de réduire, lentement et discrètement, les tarifs imposés sous l’Administration Trump. Honnêtement, je m’attendais à ce que cela se produise beaucoup plus tôt. Or, la représentante américaine au Commerce a adopté un ton plus belliqueux aujourd’hui, affirmant que la Chine ne respecte pas ses engagements dans le cadre de la première phase de l’accord commercial, mais ce n’est peut-être rien que du théâtre diplomatique. Elle a également fait valoir que les États-Unis devaient ouvrir une « nouvelle voie » dans ses relations commerciales avec la Chine, ce qui signifie peut-être encore une réduction des tarifs. Nous allons suivre cette situation de près dans les semaines à venir. Une baisse des tarifs pourrait jouer en faveur des actions américaines et chinoises.

5. Questions de reconduction à la Fed. Les probabilités que M. Powell soit reconduit à son poste de président du conseil de la Fed ont diminué ces dernières semaines. Le site de paris PredictIt évaluait les probabilités de reconduction de M. Powell à 90 % le 12 septembre, mais ce chiffre est tombé à 63 % le 3 octobre.6 Les probabilités sont encore assez élevées, mais cela vaut la peine de réfléchir à ce qui se passerait s’il n’était pas reconduit dans ses fonctions.

En gros, la Fed adopterait probablement une politique plus accommodante. Les perspectives de hausse des marchés découleraient du fait que les investisseurs seraient peut-être plus optimistes parce qu’ils auraient davantage l’impression que la Fed ne resserrerait pas trop rapidement sa politique monétaire et ne freinerait pas la croissance économique. Cependant, je crois que le plus gros risque de baisse, advenant ce scénario, est que les marchés se mettent à douter de la capacité de la Fed de contrôler l’inflation. Je tiens toutefois à souligner que la situation actuelle risque de durer pendant plusieurs mois encore, car son mandat se termine seulement au début de l’an prochain.

En conclusion, même si le mois d’octobre fait peur aux investisseurs en raison de quelques krachs très médiatisés, il faut savoir que la plupart des mois d’octobre sont plutôt favorables. Cela étant dit, octobre 2021 pourrait être une mauvaise suite. Je ne serais pas du tout étonnée de voir une volatilité accrue et des investisseurs nerveux. Comme je vois les mauvaises suites de films pour leur élément comique, je considérerais une mauvaise suite des événements sur les marchés comme une bonne source d’occasions de placement.

Kristina Hooper est stratège des marchés mondiaux à Invesco. Cet article est paru initialement sur le blogue Invesco. Rédigé en collaboration avec Arnab Das, stratège des marchés mondiaux, EMOA.

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Renseignements importants

1 Source : New York Times, 4 octobre 2021

2 Source : Merck, 1er octobre 2021

3 Source : Refinitiv

4 Source : Business Insider, « Trading in Evergrande shares has been suspended pending a ’major transaction’ – and as another debt test looms », 4 octobre 2021

5 Source : Fitch Ratings, « Debt Limit Brinkmanship Could Put Pressure on US ‘AAA’ Rating », 1er octobre 2021

6 Source : PredictIt, 3 octobre 2021

Tous les montants sont exprimés en dollars américains.

Certaines références se rapportent aux États-Unis et peuvent ne pas s’appliquer au Canada.

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