La menace d’une résurgence du coronavirus

07-07-2020
La menace d’une résurgence du coronavirus

La recrudescence des taux d’infection éclipse les données économiques

 

J’ai récemment écrit un article sur les « pousses vertes » en plein essor qui montrent les premiers signes encourageants d’une reprise économique mondiale. Je suis ravie de constater que d’autres pousses vertes sont en train de germer et que les bonnes nouvelles économiques continuent d’affluer des pays développés qui poursuivent la réouverture de leur économie. Cependant, je surveille de près certains signes négatifs qui pourraient causer des perturbations.

Signes positifs

Dernièrement, nous avons appris que les ventes au détail des États-Unis ont grimpé de 17,7 % en mai par rapport au mois précédent.1 Cette hausse est la plus forte jamais enregistrée et dépasse largement les attentes; c’est toute une remontée par rapport aux données abyssales d’avril. La production industrielle des États-Unis s’est aussi améliorée en mai, mais l’augmentation a été inférieure aux attentes.

La production industrielle de la Chine a augmenté de 4,4 % sur douze mois en mai, soit une hausse moins élevée que prévu, mais une amélioration par rapport à avril.2 Les ventes au détail de la Chine ont diminué de 2,8 % sur douze mois, alors qu’elles avaient chuté de 7,5 % en avril. 2 Les dépenses en immobilisations ont fléchi de 6,3 % pour les cinq premiers mois de l’année, ce qui marque une amélioration par rapport au recul enregistré pendant la période de janvier à avril. 2

D’autres bonnes nouvelles sont venues des pourparlers entre les États-Unis et la Chine qui ont eu lieu à Hawaï. La Chine a réitéré son engagement à accroître ses achats de denrées agricoles des États-Unis, comme convenu à l’origine dans le cadre de la Phase 1 de l’accord commercial ratifié en janvier. Il semble que, malgré une rhétorique de plus en plus antagoniste des États-Unis, il est peu probable que les hostilités s’intensifient. Je crains toutefois une intensification des tensions entre les États-Unis et la Chine, y compris une résurgence de la guerre tarifaire, même si les probabilités sont faibles, à l’approche des élections de novembre aux États-Unis, mais ce n’est pas mon scénario de référence.

Nous avons aussi appris que l’Administration Trump propose un plan d’infrastructures majeur, ce qui est une excellente nouvelle. Les dépenses en infrastructures ont un énorme effet multiplicateur; qui plus est, les États-Unis ont désespérément besoin d’un investissement majeur en infrastructures. Or, il est peu probable que cela ait une incidence majeure sur l’économie cette année. Le concept de projets « prêts à démarrer » est un mythe; les projets d’infrastructures prennent du temps. De plus, le plan doit être bien structuré; nous devons nous inspirer de modèles de réussite de l’histoire des États-Unis, comme celui de la Work Projects Administration, pour tirer le maximum de chaque dollar dépensé. À mon avis, les besoins sont criants et cela devrait soutenir l’économie américaine à plus long terme.

Nous avons même eu une bonne nouvelle sur la scène médicale concernant un traitement peu coûteux qui utilise un stéroïde appelé dexaméthasone. Le Royaume-Uni utilise ce médicament pour traiter certains patients atteints de la COVID-19 et cela donne de très bons résultats auprès de certains patients gravement malades. On a rapporté qu’une étude préliminaire effectuée au Royaume-Uni a révélé que ce stéroïde, qui est déjà prescrit à grande échelle pour aider à réduire l’inflammation chez les personnes souffrant d’allergies, réduit du tiers le risque de décéder de la COVID-19 parmi les patients sous respirateurs et du cinquième parmi ceux qui reçoivent de l’oxygène.3 Cette nouvelle est très prometteuse, d’autant plus que la dexaméthasone est largement disponible.

Signes négatifs

Cependant, les nouvelles ne sont pas toutes bonnes. L’Europe, les États-Unis et le Royaume-Uni sont tous en train de rouvrir leur économie respective, mais les deux derniers le font malgré des taux d’infection élevés. En fait, les États-Unis ont récemment enregistré deux jours consécutifs de plus de 30 000 cas de coronavirus, soit le nombre de cas le plus élevé depuis le 1er mai.4 Je suis persuadée que les réouvertures contribuent à l’amélioration des statistiques économiques, mais elles augmentent aussi les probabilités que les États-Unis et le Royaume-Uni ne soient pas en mesure de contrôler la propagation du virus, d’autant plus que de nombreux Américains ont été très laxistes à l’égard de mesures simples mais efficaces, telles que le port du masque.

Le taux d’infection global aux États-Unis a légèrement augmenté, mais cela dissimule une augmentation significative des taux d’infection dans un certain nombre d’États américains, dont l’Arizona et la Floride. Dans d’autres États qui ont maintenu les mesures de confinement pendant plus longtemps, les taux d’infection ont chuté. Il sera beaucoup plus difficile de revenir à la normale si les États-Unis ne peuvent même pas contrôler la première vague du nouveau coronavirus.

Et la Chine, qui avait très bien réussi à maîtriser le virus, connaît une résurgence de COVID-19 à Beijing. La bonne nouvelle est que, compte tenu de son excellente infrastructure de recherche des contacts et sa réaction rapide, on dénombrait seulement 137 cas confirmés au 17 juin.5 Mais cela a forcé cette grande ville à confiner certains quartiers, à annuler des vols et à fermer des écoles.

Il est évident que le Congrès américain n’envisagera pas l’adoption d’autres mesures de relance budgétaire avant la fin du congé du 4 juillet. Des mesures de relance budgétaire supplémentaires sont d’une importance capitale, comme l’a réitéré le président du conseil de la Réserve fédérale américaine (Fed), Jay Powell, dans son témoignage au Congrès la semaine dernière. Par exemple, plus d’un million d’emplois gouvernementaux ont été perdus aux États-Unis au cours des deux derniers mois6 et, sans le financement des États et des autorités locales, ce nombre pourrait augmenter considérablement. De même, je crois qu’il faudra verser des paiements réguliers aux ménages en raison de la précarité financière d’un grand nombre d’Américains. Aussi, j’aimerais voir du financement pour la recherche des contacts.

À cela s’est ajouté un risque géopolitique en juin, alors que les tensions entre la Corée du Nord et la Corée du Sud se sont intensifiées. La Corée du Nord a fait exploser un édifice de liaison intercoréen que la Corée du Sud avait construit près de la frontière nord-coréenne afin de favoriser l’amélioration des relations entre les deux pays. Ce geste a été posé en guise de représailles par suite du largage de tracts contre le régime nord-coréen en Corée du Nord. La sœur de Kim Jong Un a pris part à la décision de bombarder l’immeuble, ce qui porte à croire qu’elle joue un rôle plus important dans les affaires de l’État et soulève des questions à savoir où son frère pourrait bien être.

Apparemment, la Corée du Nord est très frustrée par la lenteur des progrès des négociations avec les États-Unis et subit probablement des pressions économiques accrues en raison de la pandémie. La Corée du Nord semble vouloir inciter les États-Unis à reprendre les négociations, mais cela ne semble pas faire partie des priorités des États-Unis. Ce que nous savons, c’est que des soldats nord-coréens ont de nouveau été postés dans la zone démilitarisée, ce qui contrevient à l’accord de démilitarisation conclu en 2018 entre les deux pays.

Voici ce que nous allons surveiller

Je ne m’attends pas à de grands changements : les statistiques économiques devraient montrer des signes d’amélioration, mais le taux d’infection sera probablement trop élevé à notre goût. L’indice des gestionnaires en approvisionnement de l'Institute for Supply Management (ISM) pour le mois de juin est meilleur que prévu, à 52,6. En Europe, cet indice s’est considérablement amélioré, puisque l’indice composé des gestionnaires en approvisionnement s’est établi à 48,5 pour le mois de juin, surpassant de loin l’indice composé de 31,9 du mois de mai.

Par contre, le taux d’infection dans certains États va probablement continuer d’augmenter, ce qui va exercer des pressions à la baisse sur les actions. L’amélioration des statistiques économiques alliée à l’augmentation du nombre de cas d’infection n’est pas ce que j’appelle un scénario idéal et je doute que cette situation soit viable pendant encore très longtemps. À court terme, ce scénario laisse entrevoir une forte volatilité des actions, mais je crois que le biais reste à la hausse, compte tenu des mesures de relance colossales adoptées par la Fed et d’autres banques centrales.

1. Sources : U.S. Census Bureau, département américain du Commerce, 16 juin 2020

2. Source : Bureau national chinois de la statistique

3. Source : New Scientist, « Covid-19 news archive: UK using dexamethasone to treat patients », 17 juin 2020

4. Source : Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis

5. Source : Science magazine, « Source of Beijing’s big new COVID-19 outbreak is still a mystery », 17 juin 2020

6. Source : Bureau américain de la statistique du travail, 5 juin 2020

Les indices des gestionnaires en approvisionnement reposent sur des sondages mensuels menés auprès des entreprises du monde entier et évaluent la conjoncture économique dans les secteurs manufacturier et tertiaire.

Kristina Hooper est stratège des marchés mondiaux à Invesco. Cet article est paru initialement sur le blogue Invesco.

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© 2020 par Invesco Canada Ltée. Reproduit avec permission. Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteur au 22 juin 2020. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.

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